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Feu Cheval
Parfait ! Mais je commence par protester. Les auteurs ne sont pas tant que
ça sur le pavé, barbier, et j'espère qu'ils te le feront
voir, ta plume a souvent des écarts.
Ainsi Paris est plein d'auteurs de talent que Figaro connaît, qu'il
voudrait bien avoir dans ses rangs, mais qu'il n'ose solliciter. Pourquoi
? On dira : « Il se trouve peut-être parmi les inconnus des chroniqueurs
de grand mérite. Un concours peut les mettre en lumière et ouvrir
les portes du journalisme à de jeunes écrivains vraiment remarquables.
»
Ce n'est pas là ton calcul, barbier malin. Comme tous les autres journaux
de Paris, tu reçois chaque jour des ballots de manuscrits. Si tu les
lis, tu sais ce qu'ils valent. Si tu ne les lis pas, tu demeures inexcusable.
Mais tu les lis. Ton concours ne fera point jaillir un chroniqueur de génie
; et tu le sais. Les mêmes ignorés doubleront leurs envois ;
les concierges, les cochers de fiacre, les garçons épiciers,
les calicots, les sergents de ville voudront bien concourir pour décrocher
la timbale ; tu seras inondé de papier noirci, de prose équivalente
à celle dont tes lecteurs ne veulent plus. Mais tu t'es dit ceci :
« En dehors de M. Albert Wolff, qui est et demeure un des plus spirituels
journalistes de notre époque, je n'ai personne, personne. Or, voici
que des journaux voisins ont trouvé et su garder tout un bataillon
de chroniqueurs qui ont du talent, des succès, qui font augmenter la
vente ; si je pouvais en souffler deux ou trois à mes confrères,
je n'en serais point fâché. »
Comme ces gens se trouvent bien dans les journaux qui les ont amicalement
accueillis, comme ils gagnent de l'argent et comme ils sont retenus par des
traités, tu as imaginé le coup du concours avec un prix de cinq
cents francs. Ne voilà-t-il pas la ficelle, madré racoleur ?
Maintenant, c'est à vous, mes confrères, que je m'adresse.
Puisque le Figaro connaît vos portes, que n'y va-t-il frapper ? S'il
venait vous dire : « Monsieur, je vous apprécie. Je vous offre
un traité d'un an dans les conditions suivantes... » - alors-
moi, je vous crierais : « Acceptez ! Le Figaro reste encore le plus
journaux ; sa publicité est la meilleure, etc., etc. »
Mais le procédé qu'il emploie aujourd'hui me paraît outrageusement
attentatoire à la dignité des hommes de lettres, infiniment
injurieux pour eux, et humiliant aussi. Je proteste. Il connaît vos
noms et vos demeures dit-il, et il se contente de mettre cinq cents francs
au bout d'un bâton, en criant : « Au plus souple ! » - Et
vous allez sauter, caniches. Vous allez vous mettre sur les rangs avec toute
la bohème des lettres, avec tous les écrivailleurs d'occasion,
tous les ratés, tous les bâtards de la plume qui courent le monde.
Et puis, ce n'est pas tout. Relisez le boniment qui vous invite au concours.
- Quant à moi.
Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.
... « On ne sait pas suffisamment dans le monde des lettres que les
portes du Figaro sont toutes grandes ouvertes, que l'esprit de coterie et
d'exclusion y est complètement inconnu. »
- Non, on ne le sait pas suffisamment. Et l'on connaît trop, par surcroît,
les habitudes du lieu.
Oui, les portes sont ouvertes, toujours grandes ouvertes, car on vous invite
à sortir avec autant de bonne grâce qu'on vous avait prié
d'entrer, nous le savons. C'est une maison où l'on passe (sans allusions
malhonnêtes), ce n'est point une maison où l'on reste.
©2009