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On parlait, dans un salon académique, de la réception de François Coppée. Une jeune femme, pour qui les combinaisons qui ont étonné et éloigné M. Soulary n'ont pas de mystères, s'écria : « Ça me fait de la peine de voir nommer Coppée ; j'aurais préféré qu'on en choisît un autre. »
Comme on la savait grande admiratrice du poète, on s'étonna. Elle reprit : « C'est justement parce que je l'aime beaucoup que ça m'a ennuyée. Moi je ne nomme que les académiciens pour qui je n'ai ni admiration ni amitié. »
« Je ne nomme » fit sourire les hommes. Mais les femmes ne le remarquèrent point. Quelqu'un demanda : « Alors vous préférez les ganaches ? » Elle dit : « Oui, les vieux surtout. Vous ne comprenez pas pourquoi. C'est bien simple pourtant.
« J'adore Coppée, et voilà que j'ai peur de désirer sa mort.
« Vous n'y êtes point encore ?
« Qu'est-ce que nous connaissons parmi les académiciens. Trois poètes : Coppée dont nous avons lu tous les vers, Sully Prudhomme dont nous avons lu quelques vers, et Hugo qui a fait des vers superbes, mais que nous avons un peu... un peu oubliés. Pardon, nous nous rappelons encore quelques pièces des Châtiments et de La Légende des Siècles, n'est-ce pas ?
« Nous connaissons très bien les auteurs dramatiques et les romanciers, en tout dix écrivains.

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« Il en reste trente. Qui ? Nous savons leurs noms, nous autres, parce qu'ils sont de l'Académie. C'est vrai. Mais qu'ont-ils fait ? Personne ne sait. Personne ! voilà pourtant ceux que je préfère, les vrais académiciens, ceux que nous devrions toujours nommer.
« Chaque fois qu'un fauteuil est vacant, moi je ne m'informe jamais des titres d'un candidat, mais de son âge et de ses maladies. Que m'importe qu'il ait fait une traduction en vers de Don Quichotte ou bien dix volumes de bavardages sur l'idée de Patrie dans la poésie scandinave, ou bien vingt volumes de commentaires sur les poètes marocains du XVIe siècle. Ce qui m'importe et ce qui m'amuse, par exemple, c'est qu'il meure le plus vite possible.

 

 

©2009