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Feu de stiner
Honte aux attardés, aux gens qui ne sont pas de leur siècle
!
L'humanité est toujours divisée en deux classes, celle qui tire
en avant et celle qui tire en arrière. Les uns quelquefois vont trop
vite ; mais les autres n'aspirent -qu'à reculer, et ils arrêtent
les premiers, ils retardent la pensée, entravent la science, ralentissent
la marche sacrée des connaissances humaines.
Et ils sont nombreux, ces ankylosés, ces pétrifiés, ces
empêcheurs de sonder les mystères du monde : vieux messieurs
et vieilles dames bardés de morale enfantine, de religion aveugle et
niaise, de principes grotesques, gens d'ordre de la race des tortues, procréateurs
de tous ces jeunes élégants à cervelle d'oiseau, sifflant
les mêmes airs de père en fils, pour qui toute l'imagination
consiste à distinguer ce qui est chic de ce qui ne l'est pas. Un assassin,
un soldat traître, tout criminel, quelque monstrueux qu'il soit me semble
moins odieux, est moins mon ennemi naturel, instinctif, que ces retardataires
à courte vue, qui jettent entre les jambes des coureurs en avant leurs
préjugés antiques, les doctrines surannées de nos aïeux,
la litanie des sottises légendaires, des sottises indéracinables,
qu'ils répètent comme une prière.
Marchons en avant, toujours en avant, démolissons les croyances fausses,
abattons les traditions encombrantes, renversons les doctrines séculaires
sans nous occuper des ruines. D'autres viendront qui déblaieront ;
d'autres, ensuite qui reconstruiront ; puis d'autres encore qui redémoliront
; et d'autres toujours qui rétabliront. Car la pensée marche,
travaille, enfante ; tout s'use, tout passe, tout change, tout se modifie.
Les idées ne sont pas de nature plus immortelle que les hommes, les
bêtes et les plantes. Et pourtant, comme elle vous tient souvent, cette
tendresse coupable pour les croyances anciennes qu'on sait menteuses et nuisibles
!
©2009