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Est-ce Virgile ? Pour quel sexe alors étaient ses préférences ? On l'ignore !
Les Grecs méprisaient aussi l'amour des femmes qui ne répondaient point à leur idéal de beauté plastique !

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Qui donc aima ? Le sombre Dante, le modèle des amants ? Béatrix avait douze ans quand il la vit et l'adora ! Il lui fallait une femme pour chanter ! Cette enfant suffit à son âme frémissante. Il l'aima dans la solitude et la fièvre du délire poétique, comme on aime l'inspiratrice. Il la connut à peine. Il n'avait pas besoin d'elle. Elle ne fut que la forme désirée, de loin, par son rêve !
Qui donc aima ? Pétrarque ! Laure ne lui appartint jamais. Il faut un marbre aux sculpteurs pour modeler une statue ; elle fut le marbre. Elle était bonne femme et bonne mère, entourée d'enfants, bourgeoise et placide. Que lui importait à lui ?
Qui donc aima, parmi les poètes ? Gœthe ? Il lui fallait cinq maîtresses sans qu'il en préférât aucune, afin de posséder en même temps toute la gamme des tendresses humaines, toutes les sortes d'inspirations nécessaires à son talent.
Il garnissait toujours le fond de son cœur d'une passion purement idéale pour une grande dame inaccessible, quelque chose d'élevé, de pur, occupant son cerveau d'artiste.
Il avait en même temps une liaison avec quelque femme du monde, intelligente et belle. Amour de l'âme et des sens, délicat et distingué, mélange de tendresse, de poésie et d'étreintes.
Il entretenait une fille, chair docile à sa fantaisie ; instrument servile de plaisir et de repos ; table toujours mise, bras toujours ouverts.
Mais il ne méprisait pas la bonne, la servante d'auberge aux bras bleus, aux mains rouges, aux cheveux gras, au linge dur et suspect. Car il faut aussi satisfaire les instincts grossiers.
Et il courait le soir, dans les ruelles, après les marchandes de spasmes.
Qui donc aima parmi les poètes ? Lamartine ?
Qu'est-ce qu'Elvire, sinon le nuage devenu femme ? sinon cette forme flottante aux contours de corps humain qu'est toujours la femme des poètes !
Musset ? Las de chercher, sans la trouver, celle qu'appelaient son cœur et ses vers, il la poursuivit dans les logis publics, à travers les fumées de l'ivresse. Et il mourut, celui-là, de son rêve irréalisé !
Aucun n'aima ! Quelques-uns eurent pendant quelques heures l'illusion de l'amour, et c'est tout.
D'autres, désespérés de leurs efforts sans fin, s'écrient, comme Sully Prudhomme

Les caresses ne sont que d'inquiets transports,
Infructueux essai du pauvre amour qui tente
L'impossible union des âmes par les corps.

Car l'amour, le simple amour qui attache deux êtres l'un à l'autre est trop bourgeois, trop raisonnable, trop humainement commun, et trop bête en somme pour ces êtres privilégiés que sont les poètes. Il leur en faut plus. Ils ne sauraient se contenter du PEU qu'est l'amour.
Quand ils sont des buveurs d'illusions, ils croient aimer, comme Dante, et il leur suffit alors d'une image.
Quand ils sont des chercheurs insatiables, comme Musset ; quand ils poursuivent jusqu'au bout leur rêve impossible, ils meurent désespérés sur le ventre d'une fille publique.
Quand ils sont clairvoyants et raisonnables, désabusés et désolés, ils s'écrient, comme Bouilhet :

Qu'es-tu ? qu'es-tu ? Parle, ô monstre indomptable
Qui te débats, en mes flancs enfermé !
Une voix dit, une voix lamentable :
« Je suis ton cœur, et je n'ai pas aimé ! »

 

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